Mon identité, quelle identité?

Dans le passé, je me suis souvent fait demander si j’étais plus Québécoise qu’Abénakise. Même si je trouve la question un tantinet étrange, je n’en ai jamais été vraiment offusquée. Je n’ai d’ailleurs jamais été en mesure d’y répondre convenablement, car étant née d’une mère québécoise et d’un père autochtone, il m’a toujours été impossible de dire quelle origine j’avais le plus en moi.  

Ces deux origines peuvent d’ailleurs être une constante source de dilemme. L’une et l’autre ont toujours été confrontées, surtout lors d’enjeux politiques (crise d’Oka, mouvement Idle No More, femmes autochtones disparues et assassinées, etc.). Quand des conflits éclatent, les autochtones se battent pour retrouver leur place dans cette société et les Québécois se battent pour la garder et ce, selon leur culture et leurs valeurs. Et moi, je me situe où dans tout ça?

En terme éthique, ça devient difficile pour moi de prendre position, de participer au débat. Je ne peux être solidaire de l’un et déplaire à l’autre. Je ne peux approuver certains commentaires provenant des autochtones, tout comme je ne peux approuver certains commentaires provenant des Québécois. Et je ne peux juger ni l’un ni l’autre, car l’histoire a été si mal contée par le passé que la société nous a fait oublier une grande partie de nos origines.

D’ailleurs, je ne crois pas être la seule dans cette situation, car au Québec, les enjeux autochtones sont source constante de conflits. Il ne nous reste donc que l’éducation. L’éducation pour les deux parties et c’est exactement ce que le film L’empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc permet de faire. Il nous permet de réfléchir à l’apport des autochtones dans la société québécoise d’aujourd’hui. D’ailleurs, comme je le mentionnais à l’une de mes #CMfriends, L’empreinte devrait inévitablement faire partie du cursus scolaire actuel.

Nous, les Québécois, avons toujours eu une culture bien distincte. Nos origines, canadienne-française, canadienne-anglaise, autochtone et métis, ont tous forgé notre identité. Voilà pourquoi il est difficile de nous comparer à nos «cousins» français. L’empreinte prend donc le temps de nous démontrer, avec l’aide d’intervenants autochtones et non-autochtones, cette partie de nous qui nous différencie tant, celle dont les autochtones sont en partie responsables, car la société québécoise actuelle a plus de liens avec les autochtones qu’elle ne le croit. Nous sommes tous des descendants de cette population métissée.

Tous les observateurs du XVIIe et XVIIIe siècle témoignent de cette réalité longtemps occultée (…) on a voulu «civiliser» les sauvages, mais ce sont les Français qui se sont «ensauvagés». – L’empreinte

La relation si tendue entre les autochtones et non-autochtones le serait peut-être moins si tous comprenaient cette réalité! Ce qui m’amène à conclure en disant que je suis ni plus Québécoise qu’autochtone, je me suis «ensauvagée» comme tout le monde et je dois me battre pour nos valeurs québécoises, celles qui incluent inévitablement les autochtones et les non-autochtones.

Texte: Andréanne O’Bomsawin – Mi-Québécoise, Mi-Abénakise, mais entièrement elle-même!

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