Regards sur la créativité – Entrevue avec Louis T. Lemay, président et facilitateur de l'excellence – Lemay

Par Myriam Jézéquel

Qu’est-ce qu’être créatif dans le monde d’aujourd’hui? Coup de projecteur sur la firme d’architecture Lemay. L’intention de cette chronique : faire circuler les énergies créatives et insuffler des idées d’innovation en donnant la parole à l’hôte des événements de CreativeMornings/Montréal (MTLCM), la vaste communauté créative de Montréal. Ce mois-ci, je rencontre Louis T. Lemay, président et facilitateur de l’excellence, à son bureau de Montréal situé au 3500 de la rue Saint-Jacques.

L’immeuble Le Phénix, qui abrite les locaux de Lemay, donne le ton de l’architecture actuelle. La construction est un modèle d’innovation qui valorise design contemporain et savoir-faire technologique. Louis T. Lemay nous livre sa vision de la créativité en architecture et délie ses idées sur les défis du futur. Approche et observations.

Un lieu inspirant

Un lieu de travail n’est pas un choix anodin. Il est souvent des liens entre l’apparence d’un lieu et l’esprit de son fondateur. De fait, « Le Phénix » – un nom hautement symbolique – manifeste la volonté de renouvellement chez Louis T. Lemay. La conversion de ce bâtiment industriel désaffecté en un immeuble écoénergétique reflète sa vision de l’environnement de travail. Louis T. Lemay me montre ​la vidéo décrivant la conception du bâtiment​. L’ensemble de l’édifice est conçu comme un milieu de vie éco-responsable, intégrant un maximum d’expertise en matière de technologies écoénergétiques (énergies renouvelables, stockage d’énergie et de contrôles avancés, ventilation, climatisation, éclairage…). Objectif : atteindre une consommation énergétique annuelle nette positive pour minimiser l’impact de carbone et les coûts d’opération. « Nous désirons également que la conversion du Phénix serve de modèle afin d’accompagner nos clients dans la lutte contre les changements climatiques et la mise en valeur du bien-être des usagers » déclare Louis T. Lemay qui espère que cette performance de rénovation sera source d’inspiration pour d’autres projets immobiliers. D’ailleurs, cette vision est au cœur des valeurs de la firme : « laisser sa marque, sans laisser d'empreinte ! » Outre le côté environnemental, Le Phénix porte aussi la trace du design contemporain : enfilade de marches asymétriques en béton, mur de végétation foisonnante à la manière d’un tableau vivant, graffitis à l’entrée et sculpture contemporaine pour égayer l’ensemble.

Transdiciplinarité des projets

La formule « Intelligence créative. Valeur collective. » signe la marque de la firme d’architecture. Louis T. Lemay développe l’idée : « L’intelligence créative, c’est surtout poser un regard différent sur les commandes ou les enjeux qui nous sont proposés avec une approche qui repose sur notre expertise et notre expérience, et en cherchant le maximum de talents pour une solution innovante ». Quant à trouver des solutions innovantes, comment aborde-t-il les commandes des clients ? « On réunit les meilleurs talents dans toutes les disciplines (architecture, design urbain, architecture de paysage, design d’intérieurs, stratégie durable…) pour porter un regard collectif sur la commande et trouver une solution innovante » explique Louis T. Lemay. Son approche (et sa recette) : la transdiciplinarité des projets et la volonté de sortir des cadres. L’un semble lié à l’autre. Le travail transdisciplinaire est la clé pour repousser les limites, se démarquer en explorant de nouvelles avenues et trouver des solutions inédites. La volonté de sortir des cadres se retrouve dans cette façon d’aborder une situation sous tous les angles et en fonction du public.

L’approche du Centre de transport Bellechasse

Chaque chantier est un défi d’innovation. D’un projet à l’autre, la mise en commun des idées est au cœur de la quête de la meilleure proposition architecturale. Louis T. Lemay cite l’exemple du Centre de transport Bellechasse, un parc de bus de la STM, destiné à entreposer près de 300 autobus hybrides à compter de janvier 2022. « Penser l’emplacement de ce garage dans un quartier résidentiel fut un vrai défi » affirme Louis T. Lemay. « C’était un projet controversé, car la population s’inquiétait du bruit, de la circulation, des inconvénients … ». Principal enjeu : « Comment créer de la valeur autant pour le client, pour les usagers que pour la collectivité ? » Aménagé dans le quadrilatère des rues Bellechasse, De Gaspé, Marmier et Saint-Dominique, ce projet nécessitait de bien orchestrer les intérêts de chacun afin que la STM, les usagers et les citoyens y trouvent une valeur ajoutée. Résultat : « on a réuni une équipe transdisciplinaire pour réaliser le meilleur projet. On a enfoui le garage dans le sol ; on a créé une plateforme végétalisée sur la toiture pour donner un espace vert à la communauté ; on a conçu des bureaux comprenant une cour intérieure aménagée pour les employés.». Notons que c’est le premier centre de transport multi-étagé au Canada et le premier en Amérique du Nord à être complètement souterrain. Cette solution audacieuse a été choisie pour répondre au souci d’intégration urbaine du projet, évacuant les perceptions négatives de la population. En somme, l’approche architecturale offre une « cohésion dans la diversité », résume Louis T. Lemay.

Changements d’époque

La firme Lemay a été inaugurée en 1957. Derrière le nom Lemay se succèdent deux générations, dont le fondateur George-Émile Lemay. Après 61 ans d’existence, l’aventure de la firme d’architecture continue. Comment Louis T. Lemay voit-il l’évolution du métier de bâtisseur ? « Les choses ont énormément évolué. Quand mon père a fondé le bureau, il concevait des écoles, transformant un champ en asphalte pour la cour d’école » se souvient-il. De façon générale, on se préoccupait peu de l’environnement parce qu’on pensait que les ressources étaient infinies. On construisait partout sans autre préoccupation que le bâtiment lui-même. Changement d’époque, changement de priorités. Aujourd’hui, la volonté est à contribuer à un monde meilleur pour les générations à venir. « On sait que 40 % de ce qu’on consomme est lié à l’industrie du bâtiment (conception/opération). Je crois que nous avons une responsabilité sociale. On se doit de penser à ce que sera la société dans 20, 50, 100 ans pour réfléchir aujourd’hui à l’impact de demain. Il y a 30, la préoccupation, c’était l’instant présent » observe-t-il avec recul. Autre changement : les outils du métier et la complexité de l’environnement. « Autrefois, l’architecte seul apportait des décisions. Aujourd’hui, il y a plus de disciplines parce que tout est rendu plus complexe. Il y a plus de données. Par exemple, dans les années 70, une construction c’était essentiellement : fenêtre, béton, toiture ». Aujourd’hui, il existe 200 sortes de fenêtres, 45 choix de toitures. Les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, la modélisation 3D… ont aussi remplacé la table à dessin d’autrefois avec ses règles et ses parallèles. « Devant cette complexité, il faut anticiper l’impact des nouvelles technologies sur notre travail » ajoute Louis T. Lemay.

De nouveaux enjeux

Et de quoi aura l’air l’architecture de demain ? Quels en sont les enjeux futurs ? L’architecte observe que le monde planétaire est habité de nouvelles préoccupations. Il met de l’avant trois enjeux principaux : réchauffement climatique, urbanisation, vieillissement de la population… Sur le chemin des préoccupations environnementales, l’objectif est de construire des édifices écologiques avec de nouveaux matériaux et équipements. « Toutefois, tous les clients ne sont pas prêts à porter un regard différent sur leurs façons de faire, par résistance au changement. Les clients doivent adhérer à suivre cette vision à long terme » souligne-t-il. Question urbanisation des territoires et migration vers les villes, l’architecte cite les risques accrus d’inondation. « Quand on crée des parcs, on peut prévoir des bassins pour récupérer l’eau ou faciliter l’écoulement de l’eau ». Côté vieillissement de la population, le logement de demain doit être pensé en fonction de l’accessibilité, la mobilité, l’accès aux services… « On a besoin d’un habitat adapté, inscrit dans une communauté intergénérationnelle avec un partage des services…» . Pour évoluer, il faut encore suivre les tendances à venir. Un exemple ? « On a planifié l’agrandissement de l’Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal et ses stationnements en sachant qu’à l’avenir, il y aura moins de voitures individuelles et plus de voitures partagées. Donc, on anticipe déjà la deuxième vie de ce stationnement qui sera transformé en espace de bureaux. » Ce ne sont pas les pistes de réflexion sur le futur qui manquent dans son secteur d’activités. « Nous sommes des acteurs privilégiés qui avons un impact sur la qualité de vie des humains. Si on ne pose pas les bons gestes aujourd’hui, on va aggraver les problématiques » conclut Louis T. Lemay. La créativité architecturale a de beaux jours devant elle…

À PROPOS DE ​LEMAY​

Fondée en 1957 comme société d’architecture, ​Lemay est aujourd’hui un chef de file canadien des services intégrés de conception de l’environnement bâti. Tirant profit de sa créativité, de son importante capacité et de son expertise transdisciplinaire, la firme concrétise par ses projets les rêves de ses clients et contribue à la qualité des milieux de vie à travers le monde. Son engagement pour un design remarquable se traduit par lemayLAB, cellule d’innovation et de recherche, et par l’obtention de plus de 350 prix et mentions. Lemay regroupe près de 500 professionnels et se classe au 56e rang des 100 firmes les plus importantes au monde (World Architecture 2018). Lauréate du programme des « Sociétés les mieux gérées au Canada » par Deloitte depuis 2013, elle est devenue membre de la catégorie Reconnaissance Or en 2017.

QUELQUES MOTS SUR LOUIS T. LEMAY

Louis T. Lemay a contribué à positionner la firme comme chef de file dans le domaine de l’environnement bâti au Canada et à l’étranger. Il est Fellow de l’Institut royal d’architecture du Canada, membre de la communauté Young Presidents’ Organization et membre du conseil d’administration de la Fédération des chambres de commerce du Québec, au sein de laquelle il agit à titre de président du Comité Économie verte. Il siège au sein de plusieurs conseils d’administration à Montréal.