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Emily Southwood

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April 25, 8:00am • Cinema L'Amour part of a series on Sex

MTLCM Instagram Challenge
Win your ticket for the next CreativeMornings/Montreal!

Take a photo of a Montreal landmark connected to our next theme, SEX, and upload it to Instagram. On April 21st, we will draw 10 photos at random from those that were submitted. The authors of these 10 photos will get a free ticket for the next Creative Mornings.

1. Take a picture of a landmark connected to the theme of the month, SEX. 
2. Upload it on Istragram and tag us in your post ( @Montreal_CM,‪#‎MTLCM‬). 
3. You can participate more than once, but using different landmarks linked to the theme. 
4. The challenge runs from April 6th to April 20th.

The winners will be announced on April 21st.


Défi Instagram MTLCM
Gagnez votre billet pour le prochain CreativeMornings/Montréal!

Vous êtes invité à prendre une photo d’un lieu de Montréal lié au thème du mois, SEXE, puis à poster votre image sur Instagram. Parmi les photos reçues, nous ferons tirer 10 billets par mois pour le prochain Creative Mornings.

1. Prenez une photo d’un lieu lié au thème du mois. 
2. Postez votre photo sur Instagram et tagguez nous ( @Montreal_CM, #MTLCM). 
3. Vous pouvez participer plus d’une fois, en utilisant différents endroits liés au thème du mois. 
4. Le défi prend place du 6 au 20 avril .

Les gagnants seront annoncés le 21 avril.

http://instagram.com/montreal_cm

Sylvain David uses the infinitive to explore the inherent contradiction of a rebellion that is now mainstream, commercialized and continuous. How does one solve that contradiction, deep within oneself, and transform it into a vector for action?

Oyé, buveurs de café et thé créatifs! Dès l’événement de mars, nous vous invitons à apporter votre propre tasse afin de nous aider à réduire notre consommation de tasses non-recyclables. Bref, Creative Mornings/ Montreal devient BYOM (Bring Your Own Mug)! 

Ahoy, creative coffee and tea drinkers! Starting at our March talk, we invite you to bring your own mug to help us reduce our non-recyclable cups consumption. Yes, Creative Mornings is now BYOM (Bring Your Own Mug)!

(Image courtesy of Shutterstock)

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En prévision de notre conférence avec Sylvain David prévue le 28 février 2014, nous lui avons posé quelques questions à propos de la rébellion.

Leading up to Sylvain’s talk on January 31st, we asked him a few questions about our monthly theme “Rebel”.

Vous avez été guitariste d’un groupe punk, et narrez dans Faire violence une vie, qu’on devine antérieure, composée d’actes de délinquance et de courses-poursuites. Comment le lecteur doit-il réconcilier la réalité et la fiction dans le « cas Sylvain David » ?

Faire violence est composé d’images fortes qui me hantaient depuis l’adolescence. Il s’agit de scènes vécues (ou dont j’ai été témoin) qui ont pour point commun le vandalisme, l’agression, la radicalité. Le roman cherche à communiquer l’intensité de ces moments négatifs, les sensations extrêmes qu’ils permettaient.

Dans cette perspective, j’ai privilégié une narration à l’infinitif qui offre un effet d’immersion, plonge le lecteur directement dans l’action en cours : « Allumer la mèche et, immédiatement, lancer. Contre une paroi. Tintement sonore du verre. Nuage soudain de feu. Vivant, souple, agile. Aspiration goulue de l’espace par le brasier qui s’éveille. »

Si une telle approche permet de vivre l’événement (plutôt que de simplement le comprendre), elle risquait de mener à la production d’un mode d’emploi nihiliste. J’ai donc, par souci d’équilibre, inséré à même le récit quelques éléments de réflexion sur la violence radicale et sa finalité.

Le « vrai » Sylvain David, celui qu’on peut croiser aujourd’hui, correspond probablement à ce second point de vue, plus critique et plus distancié. L’expérience destroy demeure toutefois en filigrane : elle informe et infléchit le propos.

Votre conférence s’intitulera « Être contre… ». Lorsqu’on met de côté cette « violence ordinaire » et quotidienne de la rue, « contre » quoi s’élève-t-on en tant que citoyens contemporains ?

Mon titre, volontairement flou, se veut révélateur d’un état d’esprit.

L’expression « être contre », parfaitement compréhensible bien que dépourvue de complément, suggère que la posture oppositionnelle vaut aujourd’hui en elle-même, ne nécessite pas a priori d’objet contre laquelle s’exercer.

De même, l’absence de sujet, qui ne nuit pas non plus à la clarté immédiate du propos, insinue que ce serait l’antagonisme en soi qui constitue l’individu contemporain, lequel se définirait davantage par ses rejets et dégoûts que par ses convictions et croyances.

Cette ambiguïté ne va pas sans rappeler le « rebelle sans cause » popularisé par la contre-culture du dernier demi-siècle. Elle peut se résumer en une formule paradoxale : « je suis contre, donc je suis ».

Mais c’est là une réponse un peu cynique, qui ne tient pas forcément compte des dimensions spécifiquement politiques du phénomène.

On dirait parfois que l’insurrection est « à la mode », en témoignent des ouvrages comme « Indignez-vous » (Stéphane Hessel) ou « La Voie » (Edgar Morin). Pensez-vous que les intellectuels sont capables d’influencer ce qui se passe dans la rue ?

Les manifestations de masse, ici comme ailleurs, expriment davantage un ras-le-bol généralisé et un sentiment d’impuissance trop longtemps contenu qu’un programme cohérent, constructif.

L’étymologie du mot rebelle – du latin rebellis, « qui recommence la guerre » – est à cet égard révélatrice : il s’agit de reprendre les armes, de relancer un combat pourtant perdu.

Or, les soulèvements populaires à avoir eu lieu un peu partout ces dernières années ont en commun de s’opposer à des régimes mis conjointement en place au tournant des années 1980 : le néo-libéralisme et les intégrismes religieux.

L’idéalisme des années 1960 et 70, qui avait pourtant à l’époque été déclaré vaincu, si ce n’est nul et non avenu, semble ainsi refaire surface.

Dans un tel contexte, le rôle des intellectuels est double : 1) proposer des analyses approfondies de la situation ; et 2) offrir, dans la mesure du possible, des moyens de se sortir collectivement de l’impasse. 

Vous avez consacré de nombreuses années à l’étude de Cioran, un auteur prolifique, et unique en son genre. Comment l’acte de « création » littéraire de Sylvain David s’inspire-t-il de cet auteur ?

Cioran est un auteur extrêmement pessimiste dont j’ai fini par connaître l’œuvre presque par cœur, ce qui n’est pas forcément une bonne chose dans la mesure où sa vision négative de l’existence en venait à influencer la moindre de mes pensées…

Cela dit, j’ai retenu au moins trois grands principes de ses écrits.

Tout d’abord, le sens de la vulgarisation. Les livres de Cioran, qui refusent tout jargon philosophique ou conceptuel, sont pourtant informés par une érudition massive, laquelle est synthétisée, traduite en une langue claire et imagée. Un savoir sur le monde est dès lors communiqué, mais de manière élégante, détournée.

Ensuite, le sens de la formule. Cioran est un auteur qui privilégie les formes brèves. Que ce soit dans le cadre de ses essais ou de ses recueils d’aphorismes, il réussit toujours à condenser sa pensée en une phrase choc, qui résume ce qui précède tout en poussant davantage à la réflexion.

Enfin, le jeu constant avec la contradiction. En dépit de ce que je viens de dire au sujet de la clarté et de la concision de son œuvre, Cioran joue constamment avec les affirmations vraies en elles-mêmes, mais incompatibles entre elles. (En d’autres mots, il dit souvent une chose et son contraire.) Un tel procédé suggère que la vérité est multiple, et que le défi du penseur est de tenir compte de ses diverses perspectives et manifestations.

Les réponses, parfois divergentes mais jamais fausses, que je viens de donner à vos questions témoignent d’ailleurs de mon intériorisation profonde de ce dernier principe…

Véronique Grenier raconte deux histoires de l’enfance : l’enfance conceptuelle, kitschéisée dans notre mémoire, et l’enfance réelle, avec ses pleurs et ses crottes de nez.

Véronique Grenier tells two tales of childhood: childhood as a concept, with all its kitschiness; and childhood as a “thing,” often rough and dirty.

CreativeMornings global sponsor Shutterstock (or, as they say, Official Partner for Visual Inspiration) created “Rebel Wisdom”, a series illustrating quotes from various talks around the world, including one from our November #BRAVERY speaker!

Les paroles inspirantes de notre conférencier de novembre, Jeff Lee de Marmalades, ont été retenues parmi quelques-unes pour une série d’illustrations sur le thème de février, #REBEL.

See the whole series here / Consultez le reste de la série ici :

http://www.shutterstock.com/blog/rebel-wisdom-creativemornings-quotes-as-inspirational-art

En prévision de notre conférence avec Véronique Grenier prévue le 31 janvier 2014, nous lui avons posé quelques questions à propos de l’enfance.

Leading up to Véronique’s talk on January 31st, we asked her a few questions about our monthly theme “Childhood”.

En quelques mots, pouvez-vous nous raconter comment vous en êtes arrivée à créer « les p’tits pis moé »? J’avais compulsivement le besoin de narrer le quotidien des p’tits, sur les réseaux sociaux. Souvent, c’était soit parce que je riais toute seule de ce qui venait de se produire et que je me disais qu’on pourrait rire « en tas » si je partageais l’événement avec mes « ami(e)s ». Parfois, c’était parce que j’avais besoin d’une voie détournée pour crier. Notamment quand les événements impliquaient du stuff de corps… Catharsis, je dis souvent. Il y avait une réponse très positive, sur les réseaux sociaux. « Ça » faisait rire, réfléchir. Autant des gens avec des enfants que sans enfant. Une amie, Catherine Laporte, directrice artistique, ancienne de chez Sid Lee Montréal et Amsterdam, et illustratrice, me répétait souvent « qu’il fallait faire de quoi avec ça » et on a fini par « faire de quoi ». Elle a envoyé quelques anecdotes à Julien de Preux, illustrateur habitant à Genève. Il est tombé en amour avec mes affaires, suis tombée en amour avec les siennes. Catherine a mis tout ça ensemble et en fait du beau. Et Les p’tits pis moé est devenu une chose.    

Étiez-vous un enfant “créatif” ? Quelle est la première chose que vous vous rappelez avoir créé ? J’étais surtout du type « cause », du type empathique, du type à répondre au « Mange toute ton assiette because les enfants en Éthiopie – c’tait là, la famine dans les années 80 » par une collecte de bouffe sur ma rue. J’ai toujours été « en projet ». En grands projets, même. J’aimais les histoires, les mots, les livres, évidemment. Vers l’âge de trois ou quatre ans, je m’étais inventée un genre d’alphabet pour « écrire ». Je n’ai jamais cessé, depuis. Toujours religieusement tenu des journaux intimes. Toujours eu ce besoin de me sortir de la tête ce qui y traînait. La première chose que j’ai créée, donc, ce sont des histoires. La première parlait de mon chien, me semble.  

Est-ce que vos enfants vous posent parfois des questions de nature philosophique ? Oui. Comme la plupart des enfants, j’imagine. Dès qu’ils disent « pourquoi? », ils sont dans le philosophique. Les miens, parce que j’ai eu la bonne idée de les considérer comme des interlocuteurs de valeur, aiment beaucoup l’utiliser en lien avec l’autorité. Leçon à en tirer : c’est fatiguant. Star Wars a été une source intarissable de questions sur le Bien et le Mal. J’ai vraiment de la difficulté à faire des réponses « simples ». J’use beaucoup du « c’est selon ». La première fois que le Fils a dit « J’pense que », j’ai eu une attaque de keke chose. Je trouvais ça tellement énorme, cette marque de vie de l’esprit. Ça m’a fait le même effet lorsqu’il a utilisé « peut-être que… » ou « tantôt, je réfléchissais à… ».  

Comment est-on à la fois mère et philosophe ? Je ne sais pas trop. J’en suis encore à essayer de concilier maternité et exigences intellectuelles. C’est que des p’tits, surtout quand ils sont très p’tits, ça prend de la place. Toute la place. Surtout dans la tête. Et la relation maternelle, les premières années (je ne tiens pas tant à savoir si ça perdure), c’est essentiellement une question d’abnégation, d’oubli de soi au plein profit de la progéniture. Qui a des besoins. Constants. Cela fait que. Les concepts, ce qui a besoin de temps pour être pensé, pesé, ça prend un peu le bord, un moment. Il reste le sens profond des choses, ou son inverse en ce qui me concerne, qui se mesure à chaque instant. Je crois que mes penchants naturels au doute, au questionnement, au voir plus loin que l’évidence m’ont notamment conduite à me sentir aliénée par cette réalité pour laquelle on peut difficilement être préparée. Ceci dit. Ces mêmes penchants combinés à la curiosité, un sens encore présent de l’émerveillement, un amour pour les objets mentaux m’ont permis d’être très attentive à l’imaginaire des p’tits, à souhaiter le stimuler, le partager, à leur apprendre des choses. Notamment à savoir se créer du gros fun à partir de rien. Le plus souvent possible.

Est-ce que cela complique les choses ? En ta’. Du moins, dans mon cas. C’est rarement simple. Depuis le moment même où j’ai songé à procréer. Le poids de la responsabilité. Voir toutes les implications de chaque geste. Me poser des questions innocentes et de vivre des dilemmes où il ne devrait pas y avoir a priori (on y fait-tu croire au Père Noël ou pas? On peux-tu les élever comme des humains pas juste comme des affaires genrées?). J’aurais aimé, parfois, me soumettre davantage à ce qui semble « aller de soi ».  Mais peut-être que ça a enrichi beaucoup de choses aussi, que ça m’a permis d’être une maman un peu bizarre, mais très soucieuse du détail de leur vie.

Selon vous, les enfants sont-ils plus créatifs que les adultes ? Ce qui est certain, c’est qu’y gossent. Tout le temps. Ils ont moins de contraintes mentales, peut-être. Moins conscience ou peur du ridicule. Alors ils essaient. N’importe quoi avec tout, leur corps y compris. L’aspect « rationnel » étant in progress, ils ont moins conscience que des choses ne se peuvent pas. Du coup, un bonhomme peut avoir trois yeux, de la lave peut tomber du ciel. Donc oui, je les crois plus créatifs. Ils osent sans savoir que c’est ce qu’ils font. Ils sont tellement plus « en actes », sans le méta-regard qui fait questionner : s’ils veulent mettre du jaune, ils mettent du jaune. Pas de « ça va-tu être beau? ». Non.   

Dans Émile ou De l’Éducation, Rousseau écrit : « La nature veut que les enfants soient enfants avant que d’être des hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre nous produirons des fruits précoces qui n’auront ni maturité ni saveur et ne tarderont pas à se corrompre; nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir, qui lui sont propres. Rien n’est moins pensé que d’y vouloir substituer les nôtres et j’aimerais autant exiger qu’un enfant eut cinq pieds de haut que du jugement à dix ans ». Croyez-vous que l’enfance contemporaine est « corrompue » de quelque manière ? Il importe de le rappeler : « L’enfant » tel qu’on le conçoit est une « découverte » moderne, on peut la dater au XVIIIe siècle. Il est souvent dit que nous n’avons jamais autant eu le souci de nos enfants, qu’ils n’ont jamais été autant au centre de tout, que depuis une cinquantaine d’années. Et l’histoire récente nous permet de constater que l’on investit en elle comme jamais. L’enfance contemporaine, malgré les limites qu’on lui voit souvent, bénéficie ainsi d’un immense espace. Beaucoup de choses lui sont spécifiquement adressées : littérature, des films, objets adaptées. Elle a des droits, aussi, ce qui n’a pas toujours été le cas.

Et au-delà de la critique mercantile, il peut être intéressant d’y voir peut-être un souci de construire et de préserver cet espace. L’enfance est glorifiée, en fait, « précieusée ». En ce sens, peut-être nous rapprochons-nous un peu, en fait, du point de vue rousseauiste. Certes, il y a la télé, les jeux vidéos, un « système » d’éducation (et je ne fais pas une équivalence entre les conséquences des jeux vidéos et du système d’éducation, là), mais je ne suis pas prête à dire que tout ça « corrompt » davantage que ce qui a pu précéder. Il me semble que l’enfance contemporaine, en Occident du moins, a cette chance de pouvoir juste-être.    

 

Image: John Bowie

Fidèles à notre thème global de « MAKE » pour décembre, et dans l’esprit de partage propre au temps des Fêtes, nous avons invité tous les participants à l’événement Sylvain Carle ce vendredi à contribuer au buffet de petit-déjeuner en apportant une création culinaire de leur cru.

Nous avons déjà commencé à recevoir des réponses alléchantes, telles que des scones, des biscottis, des caramels et des confitures maison. Mmm… on a hâte à vendredi!

In keeping with our monthly MAKE theme, and in the holiday spirit of sharing, we have invited everyone attending Sylvain Carle’s talk this Friday to contribute to the breakfast buffet by bringing a culinary creation of their choice.

We’ve already started to receive mouth-watering responses, like scones, biscotti, fudge and homemade jams. Mmm… can’t wait ‘til Friday!

Image: http://www.slideshare.net/afroginthevalley

En prévision de la conférence de Sylvain Carle prévue le 20 décembre 2013 à 8h00 au Centre PHI, nous lui avons posé quelques questions à propos de la culture « maker » et du processus de création.

Leading up to our talk with Sylvain Carle on December 20th at 8 am at the PHI Centre, we asked him a few questions about the maker movement and creating things.

Quelle a été votre première création lorsque vous étiez enfant ?

C’est probablement un vaisseau spatial en LEGO. C’était bien avant que les LEGOs avec des « formes » de morceaux de vaisseaux spatiaux soient sur le marché. À bien y penser, c’était un prototype 8bit 3D en pixels de plastiques des jeux vidéos de mon enfance/adolescence.

Qu’est-ce qu’évoque le mouvement « maker » pour vous ? Quels liens pouvez-vous établir avec votre propre métier | pratique ?

Ma traduction préférée de « maker » en français est « artisan ». Je sais qu’en français (et au Québec plus spécifiquement) le terme « artisanat » a une connotation péjorative, mais pour moi, l’essence des « makers » est celle des ébénistes, des orfèvres, des luthiers.

Le « maker » est un « hacker » de l’univers physique, c’est le juste retour aux sources du plaisir de faire, faire bien, faire mieux. En ce sens, la maîtrise de la technologie, des ses moyens, ses méthodes, ses pratiques, de sa culture, est similaire à l’artisan qui reconnait le grain d’une pièce de bois, qui sait comment chauffer un métal pour le rendre malléable, qui peut imaginer les sons qui pourraient émaner des matériaux bruts, qui sait ou les trouver, ou avec qui marchander pour se les procurer.

Quels facteurs ont, selon vous, contribué au cours des dernières années, à l’enthousiasme suscité par ce mouvement?

C’est un retour du balancier, de l’abstraction logicielle, du domaine d’idées, de l’intangible, nous assistons à un retour au matériel. Les conditions économiques plus difficiles sont l’une des pistes à explorer, ainsi qu’une réappropriation des objets, je classerais le mouvement des makers comme une opposition au consumérisme, à l’hyper-industrialisation, au « made in China » et aux magasins du dollar… L’objet durable, local, qui a une histoire, qui est attaché à son artisan, qui est unique, c’est ancré dans beaucoup de mouvements des dernières décennies. Le mouvement maker est en quelque sorte le « occupy things »…

Est-ce que vous vous considérez un « maker »? Si oui, en quel sens?

Oui, à divers degrés. Comme un apprenti, surtout, parce que faire des choses, pas juste y penser, c’est difficile. Bien faire, très bien faire, ça rends humble, ouvert aux autres qui font aussi, cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Je me décris comme idéaliste ET pragmatique, ça me vient de la culture des logiciels libres et des hackers internet, tout grand système qui fonctionne est un assemblage de petits systèmes qui fonctionnent bien indépendamment. « Small pieces loosely joined » comme dirait l’autre. C’est la philosophie de l’hypertexte, aussi, donc comme un assembleur, un intégrateur. Je ne suis pas un bon programmeur, mais je suis un bon patenteux, un gosseux. Je suis curieux et j’aime apprendre comment les choses fonctionnent. C’est beaucoup moins destructeur avec du logiciel qu’avec les multiples appareils que j’ai démontés dans mon enfance, rarement réussi à les faire fonctionner après, mais avec le logiciel, la copie de sauvegarde et les multiples itérations sont naturelles. Je pense le monde comme ça aussi, conscient que de défaire, parfois, ça implique la destruction et pas la création. Il faut autre prudent.

Sans entrer dans le détail de votre présentation, quels sont certains des liens que vous voyez entre culture et création?

C’est en fait le cœur de mon argumentation pour ma présentation de décembre. Il n’y a pas de vraie innovation, de vraie création, d’action, sans culture. Mais il n’y a pas de culture sans mémoire, pas de mémoire sans mythes, pas de mythes sans histoire. Et sans culture, pas de valeurs communes, pas d’identité forte, nécessaires à la création, à l’innovation.

Je vais explorer cette formule, avec des exemples de la culture de la Silicon Valley, et tenter de l’appliquer au Québec, à Montréal:

Histoire » Mythes » Mémoire » Culture » Valeurs » Identité » Action (Innovation).

L’élément le plus intéressant, ce sont les mythes. Ceux de la Californie sont bien différents de ceux du Québec, ça explique beaucoup de choses. Les mythes sont des « hacks » de mémoire, qui permettent de se raconter l’histoire, de former la culture. Comment cette séquence se poursuit, de la culture, aux valeurs, à l’identité, à l’innovation. J’aimerais explorer cette piste. Du moins, comme un coureur des bois, commencer à tracer les contours du territoire.

Est-ce que les facteurs qui influencent la création sont les mêmes, de Montréal à San Francisco ?

Je ne sais pas. Je dis ça en considérant que dans les 20 dernières années, j’ai à peine commencé à me poser ces questions pour Montréal, il faudrait que j’en discute avec des San Franciscains de souche autour de plusieurs bières pour commencer à comprendre, juste un tout petit peu, ce qui fait l’âme de San Francisco. Je commence à avoir quelques pistes, mais c’est une forme très floue… probablement à cause de la brume! ;-)

Est-ce qu’il y a quelque chose qui est « fait à Montréal » qui vous manque en Californie? Le faites-vous vous même ?

La réponse facile: la poutine. La réponse sérieuse: la musique, les mots, le théâtre. Bien que la culture américaine/californienne fasse partie depuis très longtemps de mes racines, la culture québécoise est au cœur de mon identité. Bien que marqué par Led Zeppelin et Jimi Hendrix, Robert Charlebois et Harmonium sont mes (vieux) hippies préférés. Bien qu’heureux du climat tempéré à l’année de San Francisco, la morsure du froid de l’hiver et la douceur du vent chaud de juillet me manquent. J’aimerais écrire plus souvent en français.

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